Comment bien commencer sa conférence 

Débuter conférence

Avant de rédiger cet article, j’ai mené mes recherches pour considérer ce que les autres spécialistes disent sur comment bien commencer une conférence. En tapant ces mots clefs sur Google, on se retrouve rapidement sur YouTube et la plupart des coachs donnent des exemples tirés de présentations TED.

Voici un résumé.

Selon Andrii Sedniev, l’auteur de Magic of public Speaking, l’auditoire décide en 7 secondes s’il vous aime et après 30 secondes s’ils vont vous écouter ou non. Partant de là, trois options sont proposées pour commencer sa conférence :

  • Commencer par une histoire personnelle
  • Poser une question provocante
  • Faire une déclaration percutante

« Quand j’avais 9 ans… »

J’aime particulièrement l’introduction de Susane Caïn qui parle de « La force des introvertis ». Elle commence par une anecdote en s’accompagnant d’un accessoire : son sac rempli de livres. C’est une excellente tactique qui donne de la contenance, rassure l’intervenant et interpelle le public. « Mais que cache-t-elle dans ce gros sac ? ». Elle combine plusieurs stratégies telles que l’accessoire, l’anecdote personnelle et une phrase comique. Ce dernier élément est particulièrement osé pour une introvertie, mais gageons qu’en tant que coach, elle s’est entraînée très rigoureusement et que son attitude enthousiaste contribue à son audace !

 

« Qu’est-ce que les Français font mieux que les autres ? »

Dans un style assez différent, nous trouvons Cédric Villany qui commence sa conférence TED « Les maths sont fondamentalement sexy ! » de manière classique dans ce contexte, par une question légère qui laisse une ambiguïté sur le sérieux de la réponse à apporter. Il lève tout de suite le voile en y répondant avec humour. Le ton est donné, le public est connecté ! Ce choix d’ouverture est très pertinent puisqu’il aborde un sujet d’apparence complexe et prétendument peu attirant.

 

« Vous entendez ce bruit ? »

Une de mes présentations de la famille TED préférée c’est celle de Will Stephen « Comment avoir l’air intelligent en faisant une conférence à TEDx talk ». Il n’y parle… de rien ! Il n’a absolument rien à dire. Cependant, il s'adonne à un exercice bien plus difficile qu’il n’y parait, en dévoilant les secrets de la prosodie. Il extrait le contenu du discours pour déplier les ressorts du contenant : moduler sa voix, utiliser le silence, contrôler le rythme de parole et les intonations… Grâce à tous ces éléments, il est capable de nous communiquer une foule d’émotions sans avoir rien dit ! C’est beau la voix humaine. Lui aussi commence par une question. Mais celle-ci est impossible, c’est-à-dire que le public ne peut même pas suggérer une réponse. « Vous entendez ce bruit ? » En faisant cela, il retarde l’impression que l’auditoire va se faire de lui : est-ce un imposteur, un comique, un gars antipathique *? D’ailleurs au fur et à mesure de sa conférence on voit que le public réagit de plus en plus.

*D'ailleurs c'est effectivement un humoriste / acteur / écrivain

 

« Bonjour, bonsoir, peu importe… ouh ouh ouh ouh ouh »

La célèbre Jane Goodall spécialiste des chimpanzés opte pour une entrée percutante en réalisant un cri de singe. Faut oser, mais ça marche ! Ce n’est pas une approche que je recommanderais à une personne anxieuse de parler en public, mais faire une déclaration surprenante peut se faire de mille façons.

 

Et si on regardait autre chose que les TED ?

Qu’ont en commun toutes ces conférences TED ? Ce sont des formats courts qui mettent en scène l’intervenant à la manière d’un show et ils ont un objectif marketing visant à placer un produit/cause/service.

Sont-ils des exemples pertinents ? Oui, mais ce ne sont pas les seuls ! Ils nous font oublier, comme le démontre si bien Will Stephen, qu’il y a un contenu et que celui-ci ne se résume pas aux 7 premières secondes ou aux 30 premières secondes… Parce qu’en réalité pendant une conférence les cerveaux de nos spectateurs se déconnectent et se reconnectent continuellement. Allons voir d’autres conférences, que je connais mieux puisque je viens de cet univers-là.

J’ai eu la chance de travailler auprès de grands chercheurs issus des sciences humaines. On ne compte plus le nombre de conférences que ces scientifiques donnent chaque année, mais on sait que leurs contributions augmentent notre savoir et transforment nos perceptions du monde.

Maurice Godelier a une manière très directe de capter l’attention ! Il le fait individuellement, car il a l’habitude originale de tutoyer son auditoire. Selon les conférences, il débute par une anecdote personnelle qui énonce une théorie communément admise et annonce qu’il va prouver son contraire ! D’autres fois, il démarre par un aveu, par exemple à l’Université de Genève en janvier 2017, au début de laquelle, il dit qu’il va changer son introduction et commencer par la conclusion pour s’adapter aux interventions qui avaient eu lieu avant la sienne. Cette capacité à s’adapter au contexte et à ceux qui nous entourent est probablement le secret le mieux gardé des débuts de présentations. C’est un secret que les conférences TED ne disent pas.

À nouveau je pose la question : qu’ont en commun les conférenciers des milieux universitaires et scientifiques ? Ils commencent par énoncer le sujet ! « De quoi va-t-on parler aujourd’hui ? » Voilà une entrée en matière que mes recherches Google ne m’ont pas dites ! Pourtant, on revient à l’essentiel d’une conférence : le contenu ! Le message compte plus que n’importe quoi, il est la raison pour laquelle vous et votre auditoire êtes là.

Le meilleur conseil que vous recevrez pour débuter convenablement votre conférence c’est celui-ci : « prenez soin de votre contenu et soyez vous-même ! » En vous appuyant sur votre contenu, vous trouverez la manière la plus authentique, celle qui vous ressemble, pour traverser les premières minutes qui sont généralement les plus stressantes.  

Paola coach art oratoire

À propos de l'auteur de l'article :

Paola est spécialiste en analyse de contenu et en prise de parole.  

Anthropologue, ayant travaillé plusieurs années en Océanie sur une île de pirates et dans beaucoup de bibliothèques, elle est formée à la recherche, à la sémantique, à l’art oratoire et à la rédaction. C’est à son poste de directrice du marketing et des communications, occupé jusqu’en 2016, qu’elle a rencontré l’idée de La Slide. Elle aide ses clients à travailler le contenu de leurs présentations pour renforcer leur message.